[Compte rendu de lecture] Parution de « Solange Fernex, une vie d’insoumission. Écologie, féminisme, non violence » d’Élisabeth Schulthess

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En novembre 2025 est parue aux éditions Cambourakis la réédition de la biographie de Solange Fernex écrite par Elisabeth Schulthess, dont la première parution aux éditions Yves Michel date de 2004.

Cette réédition de Cambourakis s’inscrit dans le sillage d’initiatives qui ont permis de remettre en lumière le rôle majeur de cette militante originaire d’Alsace, et en premier lieu l’exposition en 2024 de la Kunsthalle de Mulhouse « Power up. Imaginaires techniques et utopies sociales ». Solange Fernex, une vie d’insoumission. Écologie, féminisme, non violence offre la possibilité de redécouvrir toute la richesse du parcours de cette figure incontournable pour les débuts de l’écologie politique. À travers des entretiens menés avec Solange Fernex elle-même, Élisabeth Schulthess, journaliste et militante (notamment à Radio Verte Fesenheim), restitue la voix et les combats d’une femme dont l’engagement a marqué l’histoire. Ce livre est une invitation à redécouvrir une personnalité multifacette : écologiste, féministe, pacifiste et altermondialiste.

Aux origines d'une vie d'engagements

Découpée en chapitres thématiques, l’ouvrage embrasse l’ensemble de la vie de cette militante et donne à voir une personnalité multipositionnée, aux nombreux engagements se complétant les uns les autres.  Solange Fernex puise ses convictions dans un héritage familial douloureux. Née en Alsace en 1934, elle grandit dans l’après-guerre, marquée par la mort de son père et de ses deux oncles pendant les deux conflits mondiaux. Ces traumatismes forgent son engagement pacifiste et son attachement à la non-violence, qu’elle défendra toute sa vie, notamment en soutenant l’OSCE ou en prônant le désarmement au Parlement européen.

 

Illustration : note sur la défense et la non-violence, élaborée par le groupe Écologie et survie.

 

Son mariage en 1957 avec Michel Fernex, médecin genevois avec qui elle partagera de nombreux combats, la mène en Afrique (Sénégal, Tanzanie) pendant quatre ans. Cette immersion dans les réalités africaines est un prélude à son engagement futur pour la justice globale, notamment au sein du mouvement altermondialiste. De retour en Alsace, le couple avec ses quatre enfants s’installent à Biederthal et y rénovent une vieille bâtisse, un projet qui éveillera son intérêt pour la défense du patrimoine architectural traditionnel, éveillant sa sensibilité écologiste. Ces expériences posent les fondations de son engagement militant, qui s’illustre dès 1975 avec l’occupation de Marckolsheim, une mobilisation victorieuse contre l’installation d’une usine chimique.

Une militante sur tous les fronts : écologie, féminisme, construction européenne

Solange Fernex s’implique activement dans de nombreuses associations (Mouvement Jeunes Femmes, association des femmes élues du Haut-Rhin...) et en politique, où elle veille toujours à former la relève pour assurer la pérennité de ses combats. L’ouvrage restitue toutes les dimensions de ses combats : les occupations transfrontalières, la lutte antinucléaire depuis la construction et le démarrage des centrales jusqu’aux conséquences de l’accident de Tchernobyl, le féminisme et la construction de l’écologie politique. Concernant le volet de l’écologie politique, l’ouvrage revient bien sûr sur les débuts avec le groupe Écologie et Survie qui présente avec Henri Jenn en 19731 la première candidature écologiste en France, puis plus tard la création des Verts, mais il montre surtout le travail difficile mené au Parlement européen par Solange Fernex, aidée de Renée Conan, et ses collègues, à l’époque « ultraminoritaires » durant le premier mandat des Verts français dans cette institution. L’autrice a fait le choix de restituer fidèlement ses réponses pour les chapitres consacrés à son engagement politique, ce qui permet d’avoir sa vision de l’écologie politique et son point de vue sur la méthode employée pour faire avancer ses idées. La biographie contient quelques anecdotes intéressantes concernant les figures intellectuelles tutélaires de la militante, telles Gandhi, Robert Hainard ou encore le philosophe Édouard Golsmith, fondateur de la revue The Ecologist, dont le « Plan pour la survie » a inspiré le nom d’Écologie et Survie.

 llustration : photographie d'une prise de parole de Solange Fernex (fonds des Verts).

Une réédition pour célébrer un héritage toujours actuel

La biographie est rythmée par des illustrations dont certaines sont des photogrammes tirés de films réalisés par Solange Fernex elle-même durant des luttes et qui sont conservés aux Archiv der Sozialen Bewegungen (Fribourg). Ils ont été redécouverts par la réalisatrice Sophie Desgeorge qui en montre toute la richesse dans la préface. Ces archives filmées complètent le portrait d’une femme autodidacte et polyglotte, qui a mis ses compétences linguistiques au service de la diffusion des idées écologistes en France, en traduisant inlassablement des textes étrangers. Enfin, la biographie a également été enrichie par des encarts qui donnent à voir la suite de l’histoire vingt ans après, en 2024, ce qui permet à la fois de constater la pérennité des combats et des structures associatives, mais aussi les avancées et les reculs des luttes écologistes. Une façon également de mesurer l’empreinte durable de Solange Fernex sur les mouvements écologistes et féministes.

Meixin Tambay

Illustration : affiche de la candidature de Solange Fernex pour les élections européennes de 1979.

1 Lire notre précédent entretien avec Henri Jenn.